RADIOFREQUENCE VELAIRE

Dr Emmanuel SCHMITT 12.03.2000
Chef de clinique Service ORL et Chirurgie cervico-faciale
Hôpital St Antoine Paris

Sommaire :

INTRODUCTION

De nos jours, le ronflement n’est plus un sujet tabou et ce depuis les années 80 date à laquelle est apparue et s’est répandue la chirurgie vélaire.

Les différentes procédures de réduction vélaire, qu’elles soient chirurgicales pures ou réalisées par laser, ont été grevées de douleurs post-opératoires importantes occultant, après l’enthousiasme initial, l’approche chirurgicale de la rhonchopathie chronique.

Face à une demande de prise en charge croissante, la radiofréquence vélaire apparaît actuellement comme l’alternative aux procédures préexistantes.

Le principe de la radio-chirurgie, connue et utilisée depuis nombreuses années, est de créer un courant électrique de basse puissance sans élévation thermique tissulaire au moyen d’un générateur de haute fréquence (Surgitron Ellman). Le passage tissulaire de l’onde radio (de 1,7 à 4MHz) entraîne des lésions tissulaires de volatilisation par agitation ionique des molécules d’eau provoquant, suivant le traitement du signal de l’onde, une section ou une coagulation tissulaire.

Cette dernière caractéristique est utilisée pour la radiofréquence vélaire puisqu’elle entraîne à court terme une fibrose séquellaire rigidifiant ainsi le voile mou du palais.

LES INDICATIONS

La radiofréquence dont le principe essentiel est d’entraîner une rigidification des tissus ne s’adresse qu’au rhonchopathie chronique simple et ne s’adresse pas au syndrome d’apnées du sommeil sévères (1). En effet, l’obstacle basi-rétro-lingual qui est le plus souvent à l’origine du SAOS ne peut être pour l’instant traité par la radiofréquence vélaire. En revanche, cette dernière constitue une association possible pour le traitement du ronflement bruit. Le traitement chirurgical du voile qui ,lui, est réducteur sur le voile a démontré son inefficacité dans le SAOS (2).

Nos indications et contre-indications sont répertoriées dans les tableaux I, II et III.

Tableau I : INDICATION DE RADIOFREQUENCE VELAIRE

Tableau II : CONTRE-INDICATIONS RELATIVES DE LA RADIOFREQUENCE VELAIRE

Tableau III : CONTRE-INDICATIONS ABSOLUES DE LA RADIOFREQUENCE VELAIRE

LA TECHNIQUE

Comme nous l’avons rappelé dans l’introduction, le principe de la radiofréquence tissulaire est de créer des lésions de coagulation par volatilisation cellulaire source de fibrose.Le principe initial, développé par Powel en 1998 (1), utilisait une technique sous muqueuse source de lésions muqueuses vélaires qui nécessitait un nombre important de séances.Nos études récentes ont permis de développer une technique intra-musculaire en collaboration avec la firme Ellman commercialisant les appareils Surgitron 1.7 et 4 Mhz (3).Cette technique réalise une fibrose intramusculaire source de rigidification et de raccourcissement musculaire. Le positionnement latéral des électrodes à 90° dans le voile permet d’atteindre les groupes musculaire mettant en tension le voile.L’énergie de 1500 joules est délivrée en trois impacts vélaires de 500 joules chacun. La durée d’application de chaque impact avec le Surgitron 1.7 est de 20 secondes permettant ainsi la réalisation de la séance sur le voile en une minute.

Les résultats de cette technique sont prometteurs en terme d’efficacité et de confort puisque les lésions muqueuses, source de douleur, sont inexistantes avec les nouveaux générateurs à hautes fréquences surgitron.

ASPECTS TECHNIQUES

  1. Anesthésie de contact : Spray de xylocaïne à 5% 5 minutes avant le geste
  2. Anesthésie du voile : Infiltration intra-vélaire de xylocaïne non adrénalinée
  3. Radiofréquence vélaire : 3 impacts de 20 secondes

LES RESULTATS

Les résultats de cette technique de radiofréquence vélaire doivent être évalués à deux niveaux.

En effet, face à cette gêne sociale que constitue le ronflement, la prise en charge doit, non seulement diminuer le ronflement bruit qui est la principale demande, mais aussi réaliser le traitement dans un climat non douloureux, seconde demande essentielle du patient.

Notre série actuelle de 110 patients avec les générateurs de hautes fréquences Ellman, nous a permis non seulement d’élaborer la technique intra-musculaire mais aussi de trouver l’énergie nécessaire pour améliorer le rapport efficacité/douleur.

L’énergie que nous délivrons dans chaque site vélaire est de 500 joules apportant lors d’une séance une dose totale de 1500 joules. Il faut, à cette énergie, en moyenne 2 séances distantes de 6 semaines.

En comparaison, Powel avec l’appareil Sommus (Fréquence de 465KHz) délivre, en sous muqueux, une énergie moyenne totale de 700 joules sur le voile (1). A ce niveau d’énergie, il faut 4 séances grévées de lésions muqueuses.

Nous retrouvons 91% d’efficacité pour le contrôle du ronflement. La principale cause d’échec est liée à la taille de la luette.

En effet, la présence d’une luette dont la taille excède 2,5 cm de longueur est un critère d’échec. Il est alors souhaitable de réaliser une séance classique de radiofréquence associée à une uvulectomie (RAUP radiofréquence assistant l’uvulopharyngotomie) (Photo 2). La section par radiofréquence est source de douleurs modérées jugulées par trois jours d’antalgiques classiques.

Le résultat à un an est stable. En effet, 94% des personnes suivies se déclarent très satisfaites.

En conclusion, la radiofréquence vélaire est un outil indispensable pour la prise en charge de la rhonchopathie chronique simple. Les générateurs de hautes fréquences d’Ellman permettent grâce à leur polyvalence de réaliser la radiofréquence vélaire classique mais aussi d’y associer notre technique de d’uvulectomie type RAUP lorsque les conditions anatomiques ne permettent pas d’obtenir un bon résultat avec la technique classique.

BIBLIOGRAPHIE

1. Powell NB, Riley RW, Troell RJ, Li K, Blumen MB, Guilleminault C. Radiofrequency volumetric tissue reduction of the palate in subjects with sleep-disordered breathing [see comments]. Chest 1998;113(5):1163-74.

2. Chouard CH, Meyer B, Chabolle F, Fleury B. Résultats cliniques du traitement chirurgical dans 1222 cas de rhonchopathie chronique. Ann. Oto-Laryng. (Paris). 1990; 107, 154-158.

3. Schmitt E, Kania R, Meyer B. Radiofréquence vélaire Analyse d’une série de 55 patients. 106ième Congrés français d’ORL. 1999